Le Clos-Montmartre, vignoble municipal du 18e arrondissement, regroupe environ 1 700 pieds de vigne et produit chaque année un petit millier de bouteilles, jalousement recherchées par les amateurs de vin français. À l’échelle de Paris, ce détail change la lecture des Rues de Montmartre : sur la Butte, la vigne n’est pas un décor, c’est un marqueur d’histoire urbaine, un reste de terroir et un prétexte gourmand. La Balade viticole prend alors la forme d’un itinéraire précis, à la fois paysager et culturel, où l’on passe des ceps aux jardins, des caves à vin aux comptoirs, et des œuvres d’art aux gestes très concrets de la dégustation de vin.
La promesse tient en 2 h 30 environ, en privilégiant le matin et, si possible, la semaine pour profiter d’un Montmartre plus respirable. Le parcours peut démarrer en bas de la Butte, place Saint-Pierre (au bout de la rue de Steinkerque), ou s’ouvrir par le versant nord, plus calme, du côté de Lamarck-Caulaincourt. Dans les deux cas, le fil rouge reste le même : comprendre comment un Patrimoine viticole s’est maintenu malgré l’urbanisation, et comment il se prolonge aujourd’hui dans des adresses de restauration — les Tables de la Butte — où l’accord mets-vins devient un prolongement naturel de la promenade.
- Le Clos-Montmartre (vigne municipale) compte environ 1 700 pieds et reste fermé au public, sauf ouvertures ponctuelles lors d’événements comme les Journées européennes du patrimoine et la Fête des Vendanges.
- La promenade décrite se parcourt en 2 h 30 environ, avec des passages pavés (rue des Saules, rue de l’Abreuvoir) à anticiper côté chaussures.
- Le cimetière Saint-Vincent (6 rue Lucien-Gaulard) abrite notamment les sépultures de Maurice Utrillo (1883-1955), Eugène Boudin (1824-1898), Marcel Aymé (1902-1967) et Michou (1931-2020).
- Le Lapin Agile, à l’angle de la rue des Saules, doit son nom à une enseigne dessinée en 1880 par le caricaturiste André Gill.
- Le Jardin sauvage Saint-Vincent est volontairement laissé en friche depuis 1985 et se visite via des visites guidées.
- La statue Le Passe-Muraille (Jean Marais) a été installée en 1989 place Marcel-Aymé, en hommage à la nouvelle publiée en 1943.
Balade viticole à Montmartre : comprendre l’ancien terroir et le Patrimoine viticole urbain
Sur les pentes de Montmartre, la vigne a longtemps fait partie du paysage, au point qu’il est difficile d’imaginer, aujourd’hui, que la Butte fut un vrai terroir. La mémoire viticole a pourtant laissé des traces dans la toponymie, dans les parcelles rescapées, et dans la culture populaire du quartier. Le récit local rappelle une valorisation ancienne du produit de la vigne — associée à l’idée de “goutte d’or” — avant une période de dépréciation, où certains vins furent regardés comme de simples blancs ordinaires. Puis est arrivée une “maladie” très particulière, dite “de la brique”, qui ne renvoie pas à un champignon ni à un insecte de traité de viticulture : elle désigne l’avancée de la ville, l’urbanisation et la construction qui ont remplacé les ceps par la pierre.
Ce basculement explique pourquoi l’Itinéraire œnologique à Montmartre ne peut pas se lire comme une sortie champêtre classique. Les points d’arrêt ne sont pas seulement agricoles : ils sont aussi historiques, architecturaux et sociaux. Les Rues de Montmartre deviennent alors des couloirs d’interprétation, où l’on observe une pente, un muret, un jardin en terrasse, et où l’on comprend comment un quartier entier s’est densifié. L’intérêt est concret : chaque détail de relief aide à saisir pourquoi un micro-vignoble survit ici, comment il est protégé, et pourquoi il reste un symbole singulier au cœur de Paris.
Des années 1930 à aujourd’hui : une résurrection encadrée
Dans les années 1930, l’idée de ressusciter l’histoire viticole de la Butte prend forme avec la plantation d’une petite parcelle, toujours présente. Ce choix n’est pas anodin : il fige un souvenir dans le paysage et crée un rendez-vous social autour de la vendange. Une fête s’installe, au mois d’octobre, et ancre le lien entre habitants, municipalité et visiteurs. Le calendrier a un effet direct : à cette période, le quartier bascule vers une ambiance plus automnale, et la dégustation de vin devient un sujet de conversation autant qu’un moment festif.
Pour un public de 2026, l’intérêt est double. D’un côté, la vigne urbaine sert d’exemple de conservation d’un Patrimoine viticole dans un contexte foncier contraint. De l’autre, elle oblige à poser un regard plus précis sur les usages : une vigne municipale n’a pas la même logique qu’un domaine rural, et la circulation des bouteilles issues du Clos est forcément limitée. Les bouteilles, produites en quantité réduite, alimentent une rareté qui fait parler, sans que cela se confonde avec une production destinée à l’export ou à la grande distribution.
Ce que la vigne change dans la lecture du quartier
Une Balade viticole réussie à Montmartre consiste à associer trois niveaux : le paysage (pentes, escaliers, terrasses), le patrimoine (bâtis, ateliers, jardins) et la table (comptoirs, restaurants, caves à vin). Les visiteurs qui restent cantonnés à la place du Tertre et au Sacré-Cœur passent souvent à côté du versant nord, plus vert, où l’on perçoit mieux l’esprit “village” et la présence de jardins. Ce détour n’a rien d’élitiste : il est simplement plus cohérent avec le thème des vignes, puisqu’il privilégie les zones où la végétation et les murs de clôture dialoguent avec les rues étroites.
Un point pratique s’impose : les pavés montmartrois, notamment rue de l’Abreuvoir et rue des Saules, demandent des chaussures stables. À l’automne et en hiver, certaines portions peuvent glisser. L’expérience est plus agréable quand la marche ne se transforme pas en épreuve d’équilibre, et cela permet de garder l’attention sur ce qui compte ici : la façon dont un terroir a été absorbé par la ville tout en conservant, par endroits, une respiration végétale.
Itinéraire œnologique à Montmartre (2 h 30) : du bas de la Butte aux vignes et aux ruelles vertes
Pour une lecture simple, l’itinéraire peut démarrer place Saint-Pierre, au bout de la rue de Steinkerque, puis monter progressivement vers les hauteurs. Ce départ a un avantage logistique : il est facile à repérer et proche des grands flux de transport. Le rythme doit rester confortable, car l’objectif n’est pas d’enchaîner les points “instagrammables” au pas de course, mais de comprendre comment l’on passe d’un Paris dense à une Butte faite de recoins et d’escaliers.
La montée remet vite les choses en place : Montmartre est un quartier de relief. Ce relief explique aussi, historiquement, la présence de moulins, de jardins et de parcelles cultivées. En marchant, il est utile de garder un œil sur les murets et les clôtures : ils indiquent souvent des différences de niveaux héritées d’anciens usages agricoles. La promenade gagne à être faite le matin et, si possible, en semaine, pour réduire l’effet “foule” et mieux profiter des détails de façade, des placettes et des perspectives.
Le versant nord : cimetière Saint-Vincent et mémoire montmartroise
Pour un Montmartre plus feutré, le versant nord offre une entrée particulièrement parlante. Le cimetière Saint-Vincent (6 rue Lucien-Gaulard) rappelle que la Butte a sa propre géographie funéraire : Montmartre compte aussi le cimetière de Montmartre (le plus grand) et celui du Calvaire (souvent présenté comme le plus ancien cimetière de Paris). Saint-Vincent est très “Butte” dans son contenu, car une partie notable des personnalités enterrées a marqué l’histoire locale.
Les tombes de Maurice Utrillo (1883-1955), Eugène Boudin (1824-1898), Marcel Aymé (1902-1967) et Michou (1931-2020) donnent une épaisseur culturelle à l’Itinéraire œnologique : ici, la vigne n’est jamais loin de la peinture, du récit, de la chanson, et d’une sociabilité de quartier. Cette étape fonctionne bien avant de rejoindre les ruelles, car elle calme le tempo et met le visiteur dans une disposition d’observation.
Rue Saint-Vincent, rue des Saules : le Lapin Agile et l’approche du Clos
En sortant du cimetière, la rue Saint-Vincent mène vers un carrefour célèbre : celui du cabaret Au Lapin Agile, à la rencontre de la rue des Saules. Le lieu a porté plusieurs noms, et l’élément le plus documenté reste l’enseigne conçue en 1880 par André Gill, caricaturiste. Elle représente un lapin vêtu d’une redingote, s’échappant d’une marmite, et c’est de ce dessin que le cabaret a tiré son identité durable. L’intérêt, dans une balade orientée vin, tient au contexte : les cabarets montmartrois ont longtemps participé à la vie nocturne et à une forme de culture populaire, où boissons, chansons et textes circulaient ensemble.
Face au cabaret se dessine l’un des points les plus attendus : la vigne. Officiellement nommée Clos-Montmartre, elle appartient à la Ville de Paris. Elle reste fermée au public, avec des ouvertures rares lors d’occasions précises. Le visiteur doit donc intégrer une contrainte : l’expérience se fait souvent depuis l’extérieur, à travers les grilles, et c’est déjà suffisant pour comprendre la pente, la densité de plantation et le caractère protégé du lieu. Cette contrainte renforce d’ailleurs la dimension patrimoniale : on n’est pas dans une exploitation ouverte en continu, mais dans une parcelle urbaine fragile, conservée comme un signe vivant.
Pour ancrer la marche dans le réel, il est utile de prévoir des pauses courtes et régulières, plutôt qu’une longue halte. La Butte se savoure par séquences : un point de vue, une placette, une façade, puis quelques mètres plus loin une sente plus ombragée. Cette gestion du rythme évite la fatigue et aide à garder l’attention sur les détails, notamment quand on cherche à relier le paysage actuel à l’histoire du vignoble.
Vignes, jardins et biodiversité : du Jardin sauvage Saint-Vincent au parc de la Turlure
Après l’approche du Clos-Montmartre, l’itinéraire gagne à se prolonger par les jardins proches. Cela permet de rester dans le thème du vivant, sans réduire la Balade viticole à un simple arrêt devant des ceps. Montmartre offre un contraste net entre des axes très fréquentés et des zones plus discrètes, où la végétation reprend de la place. Cette alternance donne du relief à la visite, au sens propre comme au figuré.
Le Jardin sauvage Saint-Vincent se situe à proximité, après être revenu sur la rue Saint-Vincent. Il est volontairement laissé en friche depuis 1985. Cette décision de gestion a un intérêt pédagogique : elle montre comment un espace urbain, même petit et en pente, peut accueillir une diversité d’espèces dès lors qu’on limite l’intervention. On y évoque des plantes comme le pavot somnifère, la digitale pourpre ou la menthe aquatique, et la présence d’insectes, d’oiseaux, de petits mammifères, voire d’organismes aquatiques. Des visites guidées y sont organisées, ce qui permet d’éviter la simple contemplation et de comprendre les enjeux de cohabitation entre ville et biodiversité.
Relier jardin “sauvage” et culture de la vigne
À première vue, la friche urbaine et la vigne semblent éloignées. Dans une lecture de Patrimoine viticole, elles se répondent pourtant par une même question : quelle place laisser au sol vivant en ville ? La vigne urbaine demande un encadrement strict, mais elle reste une culture, donc un dialogue avec le climat, les sols et les cycles. Le jardin laissé en friche rappelle que le “zéro végétal” n’est pas une fatalité, même sur des parcelles en pente. Le visiteur comprend alors que les vignes de Montmartre ne sont pas qu’un symbole : elles s’inscrivent dans un tissu de jardins, de pergolas, de murs, qui composent une identité paysagère.
Ce lien se ressent aussi dans la façon de marcher. Les passages ombragés, les changements de niveau, la présence de treilles ou de pergolas ramènent à une expérience sensorielle : la lumière, l’humidité, les odeurs de plantes. La dégustation de vin se prépare aussi par ce type d’attention, car le vocabulaire du vin français — arômes, fraîcheur, texture — vient souvent d’une observation fine du végétal.
Le square Marcel Bleustein Blanchet (parc de la Turlure) : pause et perspectives
En poursuivant, le square Marcel Bleustein Blanchet, plus connu comme parc de la Turlure, offre plusieurs niveaux et plusieurs ambiances. Les vues sur la basilique du Sacré-Cœur structurent l’espace, mais il existe aussi des zones à l’ombre, sous une pergola de vigne et de glycine. Cette diversité permet de proposer une pause “utile” : s’asseoir, boire de l’eau, relire une carte, et observer le flux des visiteurs qui monte ou descend.
Pour ceux qui aiment les pauses sobres, le square fonctionne très bien comme zone de pique-nique, notamment au printemps quand la glycine renforce l’impression de jardin suspendu. Les éléments pratiques comptent : un itinéraire à thème vin, en milieu urbain, ne doit pas se transformer en chasse aux verres. La bonne gestion d’une pause, même sans alcool, améliore la qualité des étapes suivantes, surtout si l’on prévoit de s’intéresser ensuite aux caves à vin ou à une dégustation plus formelle.
Cette portion “jardins” permet aussi d’éviter un piège fréquent : réduire Montmartre à ses cartes postales. En s’attardant sur les espaces verts, la Butte redevient un quartier habité, avec des usages de proximité, des bancs, des zones de calme. L’Itinéraire œnologique gagne en cohérence, car il suit un fil vivant, plutôt qu’un enchaînement de monuments.
Caves à vin et dégustation de vin sur la Butte : méthode, repères et tableau pratique
La Balade viticole à Montmartre prend une autre dimension dès qu’elle inclut les caves à vin. Dans ce quartier, elles ne sont pas seulement des points d’achat : elles servent souvent de lieux de conseil, d’orientation vers des appellations, et de vulgarisation du vin français. Pour que la dégustation de vin reste un plaisir net, un minimum de méthode aide, même quand on n’a pas prévu d’atelier formel.
Trois repères fonctionnent bien en contexte de promenade. D’abord, la gestion de l’hydratation et du rythme : alterner marche et pauses, éviter d’accumuler les verres en un temps trop court. Ensuite, le choix de styles plutôt que d’étiquettes : un blanc vif, un rouge léger, un effervescent, selon l’heure et le repas. Enfin, l’attention au service : une cave sérieuse proposera une température cohérente et un verre adapté, ce qui change la perception aromatique. En clair, la qualité du moment dépend beaucoup du cadre, pas uniquement du contenu de la bouteille.
Où placer une dégustation dans l’itinéraire
Le bon moment se situe souvent après les segments les plus pentus, quand la marche devient plus horizontale. Une dégustation de vin “en fin de montée” peut sembler tentante, mais elle arrive parfois quand la fatigue et la chaleur perturbent les sensations. Mieux vaut viser une étape où l’on peut s’asseoir, poser un carnet ou un téléphone, et prendre le temps de sentir avant de boire.
Il est aussi utile de distinguer deux formats. Le format “verre au comptoir” convient à une balade courte, avec un objectif de découverte rapide. Le format “accord mets-vins” s’inscrit plutôt dans les Tables de la Butte, où l’on peut comparer un vin sur l’entrée puis sur le plat, et comprendre comment la texture d’un mets modifie la perception de l’acidité, de l’alcool ou des tanins.
Tableau comparatif : organiser la balade côté temps, dénivelé et pauses
| Segment de l’itinéraire | Durée à pied (estimation) | Nature du sol | Pause conseillée | Repère vin (sans marque) |
|---|---|---|---|---|
| Place Saint-Pierre → montée vers la Butte | 25 à 35 min | Escaliers + trottoirs | Courte, eau + respiration | Éviter la dégustation ici si forte chaleur |
| Versant nord → cimetière Saint-Vincent | 20 à 30 min | Rues calmes + pentes | Observation, lecture du patrimoine | Moment propice à une discussion “styles de vins” |
| Rue Saint-Vincent → Lapin Agile → vue sur le Clos | 15 à 25 min | Pavés par endroits | Photo + repérage, sans stationner longtemps | Idée d’un blanc sec et tendu, à garder pour plus tard |
| Jardin sauvage Saint-Vincent → parc de la Turlure | 20 à 30 min | Allées + escaliers | Pique-nique possible | Option effervescente à l’apéritif si repas ensuite |
Le tableau sert surtout à éviter un classique : sous-estimer le temps. Montmartre donne l’impression d’être “petit”, mais le dénivelé et les arrêts photo rallongent vite la balade. Une organisation simple protège la qualité des dégustations, car elle réduit la précipitation et laisse de la place aux sensations.
Tables de la Butte et art de vivre : musée de Montmartre, Maison Rose, avenue Junot et accords gourmands
Sur la Butte, les Tables de la Butte s’inscrivent dans un décor culturel dense. Cela change l’expérience : un déjeuner ou un dîner n’est pas une simple “pause”, mais un prolongement de la visite, surtout quand on a gardé en tête le fil des vignes. Le secteur autour de la rue Cortot illustre parfaitement ce lien entre patrimoine, jardins et gastronomie, avec une continuité piétonne agréable.
En remontant vers la rue du Chevalier-de-la-Barre puis la rue du Mont-Cenis, un passage par la rue Cortot permet d’observer le château d’eau de Montmartre, qui participe à l’alimentation en eau de la partie haute du quartier. Ce type d’équipement, discret, rappelle que la Butte n’est pas une scène figée : c’est un lieu habité, avec ses contraintes techniques. L’œil s’habitue alors à lire les détails utilitaires, ce qui rend la promenade plus riche que le seul “joli”.
Musée de Montmartre et jardins Renoir : une respiration avant la table
Le musée de Montmartre occupe d’anciennes maisons de la Butte, entourées de jardins. Le lieu est associé à des artistes comme Auguste Renoir, Raoul Dufy, Suzanne Valadon ou Maurice Utrillo, qui ont trouvé ici des espaces de création. Les jardins Renoir, nommés en mémoire d’Auguste Renoir, rappellent qu’il a vécu sur place entre 1875 et 1877 et qu’il y a peint des œuvres majeures comme le Bal du moulin de la Galette, la Balançoire ou le Jardin de la rue Cortot.
Pour une balade orientée vin, l’intérêt est simple : les jardins calment le rythme et préparent le palais. Une visite juste avant un repas aide à éviter les dégustations “pressées”. Le café Renoir, situé à l’intérieur du musée, sert aussi de point d’arrêt cohérent, pour une boisson chaude ou une pause sans alcool, avant de passer à une cave à vin ou à une table.
Maison Rose, place Dalida, allée des Brouillards : décor, flux et moments utiles
Au carrefour rue Cortot, rue des Saules et rue de l’Abreuvoir, la Maison Rose s’impose comme une façade emblématique. La bâtisse a peu changé depuis 1910, époque où elle faisait figure d’adresse simple où les artistes venaient se restaurer. La référence à Maurice Utrillo, peintre des paysages urbains, s’explique alors : le lieu concentre ce que Montmartre offre de plus lisible en photo, sans obliger à entrer dans les zones les plus saturées.
En continuant, la place Dalida et son buste (la chanteuse est morte en 1987) ouvrent une perspective recherchée : rue pavée, façades, dôme du Sacré-Cœur. L’allée des Brouillards, bordée de végétation, prolonge cette impression. Ce sont de bons endroits pour souffler avant de s’attabler, car ils permettent de marcher “utile” sans se retrouver dans un embouteillage de visiteurs.
Avenue Junot, Villa Léandre et passages privés : une autre idée du Montmartre gourmand
L’avenue Junot forme un arc chic, bordé d’hôtels particuliers et d’ateliers d’artistes, à proximité des rues Caulaincourt et Lepic. Le secteur a vu passer des artistes tels que Claude Nougaro et Jacques Prévert, et il conserve une atmosphère résidentielle différente du cœur touristique. La Villa Léandre, impasse bordée de maisons de style anglo-normand, illustre ce changement : le visiteur se retrouve face à des façades mitoyennes, balcons en fer forgé, bow-windows, et une impression de calme.
Dans cette zone, l’idée d’une dégustation de vin peut s’inscrire de façon plus “repas” que “verre rapide”. Les Tables de la Butte qui jouent le jeu des accords permettent d’explorer des styles : un rouge léger sur une volaille rôtie, un blanc plus ample sur une assiette crémée, ou un vin effervescent en apéritif. Le quartier aide, car il offre des séquences : marche, observation, puis repas, ce qui est souvent le bon tempo pour comprendre un vin français au-delà de l’étiquette.
En descendant vers la place Marcel-Aymé, la statue Le Passe-Muraille, installée en 1989 et signée Jean Marais, rend hommage à Marcel Aymé et à sa nouvelle de 1943. Ce point d’arrêt, très connu, fonctionne comme repère final avant de choisir une table ou une cave à vin pour conclure la balade par un moment gourmand, sans forcer le trait.
Conseils concrets pour réussir la balade : chaussures, horaires, photos et respect des lieux
La réussite d’une Balade viticole à Montmartre repose sur des choix très concrets. Le premier concerne l’horaire : le matin reste le créneau le plus confortable, et la semaine limite les densités qui transforment certaines ruelles en couloirs. Cette recommandation a un effet direct sur l’expérience du Patrimoine viticole : quand il y a moins de monde, on peut prendre du recul devant les grilles du Clos, lire un panneau, observer l’orientation de la parcelle et la pente sans être poussé par le flux.
Le deuxième point, souvent sous-estimé, tient aux chaussures. Les pavés de la rue de l’Abreuvoir et de la rue des Saules peuvent glisser par temps humide, surtout en automne et en hiver. Une semelle stable change tout. Une balade de 2 h 30, même “tranquille”, devient pénible si l’on surveille chaque pas, et cela réduit la capacité à profiter d’une dégustation de vin par la suite.
Une liste courte pour garder le fil sans alourdir le sac
- Une petite bouteille d’eau (33 à 50 cl) pour alterner marche et pause.
- Un vêtement de pluie compact : la Butte est exposée et le vent surprend.
- Un carnet ou une note mobile pour noter deux éléments par vin (arôme dominant, sensation en bouche).
- Des mouchoirs et un gel hydroalcoolique pour les pauses en extérieur.
- Un sac souple si une cave à vin propose une bouteille à emporter.
Pour la photo, la règle la plus efficace est de privilégier deux ou trois spots et d’y passer un peu plus de temps. La place Dalida, l’alignement de l’allée des Brouillards, ou l’angle près de la Maison Rose fournissent déjà des images fortes. Se disperser sur dix arrêts finit souvent par produire des clichés rapides et une promenade hachée.
Respect des lieux et des riverains : un point non négociable
Montmartre est habité. Les ruelles privées (Hameau des Artistes, Passage des Sorcières) doivent se lire comme des espaces à contempler avec discrétion, sans blocage ni bruit inutile. Pour le Clos-Montmartre, l’idée est la même : la vigne est un patrimoine fragile, protégé par des grilles, et le respect des clôtures fait partie de l’expérience. Une balade réussie se mesure aussi à sa légèreté dans le quartier.
Enfin, pour relier vignes, caves à vin et Tables de la Butte, l’astuce la plus simple consiste à fixer un objectif modeste : un lieu patrimonial, un jardin, une adresse de dégustation. Cette sobriété rend l’itinéraire plus fluide, et laisse de la place à l’imprévu, comme une exposition, un musicien de rue ou une ruelle plus calme que prévu.
On en dit quoi ? La Balade viticole à Montmartre vaut le détour quand elle est pensée comme un itinéraire œnologique complet, avec marche, patrimoine et une dégustation de vin posée. Le Clos-Montmartre impressionne moins par le volume que par son statut de vignoble urbain protégé, lisible même depuis l’extérieur. Pour un vrai plaisir de vin français, le scénario le plus solide consiste à faire les jardins et le musée avant de s’attabler dans les Tables de la Butte, plutôt que d’accumuler les verres en plein dénivelé. Le point faible reste la densité touristique autour des grands axes, et c’est précisément pour cela que le versant nord et les ruelles plus vertes doivent être prioritaires.
Le Clos-Montmartre se visite-t-il librement ?
Non, le Clos-Montmartre est généralement fermé au public et se découvre surtout depuis l’extérieur. Des ouvertures ponctuelles existent lors d’événements comme les Journées européennes du patrimoine ou la Fête des Vendanges. Pour une visite détaillée, il vaut mieux viser une visite encadrée quand elle est proposée.
Combien de temps prévoir pour une balade viticole à Montmartre ?
Une version confortable se parcourt en environ 2 h 30, en comptant les pauses photo et les arrêts “patrimoine”. Le dénivelé et les pavés rallongent vite le temps réel. Ajouter du temps si une dégustation de vin ou un repas dans les Tables de la Butte est prévu.
Quelles précautions prendre pour une dégustation de vin pendant la marche ?
Mieux vaut placer la dégustation après les segments les plus pentus, avec une vraie possibilité de s’asseoir. Boire de l’eau entre les verres améliore le confort et la perception aromatique. Un format “accord mets-vins” à table est souvent plus intéressant qu’un enchaînement de verres rapides.
Quels lieux relient le mieux vignes et patrimoine culturel sur la Butte ?
Le secteur rue Saint-Vincent et rue des Saules relie directement l’approche des vignes, l’histoire du Lapin Agile et les ruelles anciennes. Le musée de Montmartre et les jardins Renoir ajoutent une dimension artistique qui s’accorde bien avec un itinéraire œnologique, avant de rejoindre une cave à vin ou un restaurant.
Sommelière-conseil passionnée et journaliste spécialisée, j’explore et valorise le patrimoine viticole urbain avec une expertise pointue et un regard sensible. À 44 ans, je mêle savoir-faire et storytelling pour révéler les trésors cachés des vignobles en milieu citadin.


